Apprentissages autonomes

Formatage

« Personne ne semble se poser une question évidente : comment se fait-il que tant de récipients, ayant pourtant reçu ces matières pendant tant d’années, continuent à sortir vides de l’usine ? En dépit d’un siècle de résultats qui la contredisent, les éducateurs s’accrochent à l’idée que l’enseignement produit de l’apprentissage et que, donc, plus on enseigne, plus les enfants apprennent. Pas un seul des rapports que j’ai lus ne soulève de questions sérieuses au sujet de ce présupposé. Si les élèves n’en savent pas assez, c’est parce que nous ne commençons pas le remplissage assez tôt (commençons dès quatre ans !) ou qu’on ne fait pas le remplissage avec les bons ingrédients, ou pas à la bonne dose (renforçons le programme !) » John Holt, Les Apprentissages autonome

Apprendre, est-ce comme une chaîne de montage à l’usine : des récipients vides et calibrés que les employés remplissent de diverses matières… Le même contenu pour tous, au même moment, le plus rapidement possible. Et ceux qui sont défectueux ?… On les jette à la poubelle !

Que fait-on à l’école ?… Un peu de lecture, une dose d’orthographe, une poignée de mathématiques, une pincée d’histoire, une once d’anglais… Que se passe-t-il en cours de montage ? Et au bout de la chaîne, quand l’instruction obligatoire est terminée à 16 ans ?… Que fait-on des éléments « défectueux », ceux qui n’ont pas obtenu de diplômes, ceux qui n’ont plus d’estime d’eux-mêmes, ceux qui ont perdu toute créativité ou qui ne savent plus prendre d’initiatives, ceux qui ne savent pas comment s’orienter ou ne croient plus en l’avenir…?

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Réfléchir à d’autres voies, regardons ce qui se passe hors de l’école ?

Le premier moteur pour apprendre est l’enthousiasme. Que l’on soit enfant ou adulte, on apprend et on retient sans aucune difficulté lorsque les apprentissages ont un sens, qu’ils nous servent, et donc qu’ils sont là au bon moment. Nous sommes bien plus motivés et les acquis seront encrés de manière plus efficace.

Qu’en est-il pour le développement du jeune enfant ? Ou de la formation d’un adulte autodidacte ? Ni l’un, ni l’autre ne partage l’objet du savoir en différentes matières, avec un temps prédéfini et sur une durée déterminée avant même d’avoir commencé. Un jeune enfant peut même passer plusieurs dizaines de minutes, voir des heures, captivé par un besoin intérieur d’apprendre, si personne ne l’interrompt parce que c’est l’heure de la récréation ou parce qu’il faut changer d’activité… (cf l’article Concentration et apprentissages)

« Trop d’enseignants ont tendance à interrompre et à enseigner continuellement, si bien que l’enfant qui se développe spontanément sous la direction de la nature, ne peut s’entendre avec une maîtresse qui enseigne. […] Un autre préjugé qu’ont ces maîtresses est celui de la fatigue. Un enfant intéressé par ce qu’il fait peut continuer indéfiniment sans fatigue mais quand la maîtresse le fait changer d’activité toutes les cinq minutes et se reposer, il n’a plus d’intérêt et se fatigue. » Maria Montessori, Éducation pour un nouveau monde.

Dans le système scolaire, en plus de l’emploi du temps, il y a un programme imposé, fractionné en matières qu’il faut enseigner avec un minutage précis. Pourquoi faut-il apprendre à lire à 6 ans ? Pourquoi les nombres décimaux doivent être abordés en CM ? Pourquoi pendant des années, décide-t-on que les langues étrangères seront enseignées uniquement à partir du collège, puis dès le cycle 3 et finalement dès le cycle 2 ? Pourquoi les élèves peuvent s’initier à la chimie à partir de la 5ème ? Et je ne pose même pas la question des méthodes qui fluctuent selon la tendance du moment…

Si un enfant de 9 ans s’intéresse à la chimie, doit-on lui répondre : « non, c’est trop tôt, tu n’as pas l’âge, attends d’être au collège. »  Mais il sera sans doute trop tard et son intérêt pour ce sujet aura bien diminué quand il arrivera en 5ème. Et si un enfant n’apprenait à lire qu’à 12 ans, mais que 4 ans après il écrivait et mettait en scènes des pièces de théâtre, et avait intégré le conservatoire, trouverait-on qu’il a appris trop tard ? Pourtant, cet enfant existe, il s’appelle Aaron… (cf Etre et devenir de Clara Bellar)

Plus concrètement, pour bien comprendre ce que sont les apprentissages autonomes, on peut reprendre les exemples, certes connus mais explicites, du développement chez le jeune enfant. Dès sa naissance, le bébé ne cesse d’apprendre. « Il est impossible d’être vivant et conscient et de ne pas être en train d’apprendre quelque chose. » Cette phrase vous rappelle quelque chose ?

Au cours de ses premiers mois, le processus est lent, mais le bébé « s’éveille ». Les parents sont souvent à l’affût de chaque progrès. Pendant cette période, ils se montrent patients, et s’émerveillent devant les apprentissages successifs du tout petit. Puis, celui-ci se relève progressivement, jusqu’à se mettre debout. Il va alors apprendre à marcher tout aussi naturellement qu’il va apprendre à parler sa langue maternelle. Il en perçoit même la grammaire et la conjugaison, puisqu’au bout de quelques années et avant même de savoir lire, il s’exprime correctement. Pendant toute cette période, l’enfant reste moteur de ses apprentissages et il est accompagné par ses parents.

A partir d’un certain âge, on estime que l’enfant doit être enseigné, le plus souvent dans un établissement scolaire. Rapidement, une rupture s’opère dans ce processus d’apprentissage naturel. Mais les parents confiants, qui laissent leur enfant dans ce processus spontané, observent rapidement qu’il va de la même manière apprendre à lire et à écrire, puis à compter très facilement et avec autant d’enthousiasme qu’il a appris à marcher et parler. Quand c’est le bon moment et que l’enfant est prêt, sa motivation le pousse vers cette envie d’apprendre. Mais, les apprentissages n’arriveront pas toujours au moment où la société les attend, et c’est là que ça se complique et que l’inquiétude refait surface. Cependant, si on laisse l’enfant se développer sur le long terme en l’accompagnant et en lui offrant l’aide dont il a besoin pour grandir, il se développe et devient un adulte responsable. (cf cette interview d’André Stern ou les références de livres et DVD à la fin de l’article)

C’est ainsi que les apprentissages autonomes prennent tout leur sens. Les acquis s’organisent progressivement, selon un chemin propre à chaque enfant, guidé par ses propres intérêts. Et finalement, l’essentiel est là, et l’enfant devenu adulte pourra vivre de manière autonome.

Difficile à réaliser dans le cadre de l’école et dans le système d’instruction français, quoiqu’il existe quelques écoles qui pourraient se rapprocher de ce processus d’apprentissage naturel :

Cependant, quelle que soit la bonne volonté des écoles, les apprentissages autonomes, intrinsèques à l’enfant, ne peuvent lui être dictés par une personne qui les lui enseigne. C’est aussi pour cela qu’il est difficile de définir comment ils se mettent en place ou d’en concevoir une programmation définie. Comme chaque enfant suit son modèle propre de construction, en lien avec ses acquis et surtout ses motivations, il n’y a donc pas de « méthode ». Il faut lui faire entièrement confiance, ce qui n’est pas toujours simple pour les parents…

Peu d’études sont parues sur le sujet, et elles sont bien souvent en anglais. En France, il est souvent difficile d’imaginer un autre type d’apprentissage, hors de l’école, sans la contrainte de l’enseignant et/ou d’un programme scolaire. De plus, les contrôles de l’inspection académique opérés chaque année dans les familles instruisant leurs enfants sont encore trop souvent réalisés sur une base d’apprentissages purement scolaires, souvent par méconnaissance des pédagogies différentes et des apprentissages informels.

John Holt disait encore : « …apprendre, pour moi, signifie appréhender, donner du sens au monde qui nous entoure et être capable d’y accomplir des choses. Réussir à l’école veut dire se souvenir des réponses aux questions des enseignants, devenir habile à deviner quelles questions ils poseront et à les tromper quand on ne connaît pas les réponses.

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En tant que maman instruisant mes enfants hors du système scolaire, je ne milite ni pour les apprentissages autonomes, ni pour une pédagogie particulière, ni ne dénigre les apprentissages mis en place à l’école. Je suis seulement amenée à me poser régulièrement la question de quels types d’apprentissages conviennent le mieux à mes enfants. Chacun ayant par ailleurs son propre fonctionnement, sa propre motivation, et étant plus ou moins réceptif au travail scolaire. Il s’agit seulement d’un article visant à faire connaître un autre type d’apprentissage (présent naturellement chez tout le monde) et de donner quelques pistes de lectures pour approfondir le sujet.

Pour ma part, je ne vois pas les apprentissages autonomes comme une non-intervention des parents qui attendrait que la motivation de l’enfant arrive et que celui-ci soit systématiquement partant et l’initiateur de tous ses apprentissages. Je les interpréterais plutôt comme un accompagnement de l’enfant en lui proposant des sujets d’étude, des livres, des vidéos, des possibilités de sorties, de discussions ou d’échanges, en lui donnant des objets, des jeux ou du matériel à manipuler, en lui offrant de découvrir un sport ou la pratique de la musique et de l’art, en lui permettant de découvrir le monde qui l’entoure en suivant ses intérêts et en le soutenant.

N’étant pas tranchée sur le sujet, je « mixe », j’adapte en fonction des enfants et des notions à acquérir. Mais les lectures et les films ci-dessous m’ont permis de bien relativiser par rapport aux programmes imposés, de faire davantage confiance à mes enfants et d’être plus à l’écoute de leurs besoins.

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Pour aller plus loin :
Livres :
John Holt, Apprendre sans école et Les apprentissages autonomes
Alan Thomas et Harriet Pattisson, A l’école de la vie
Pam Laricchia, Libre d’apprendre
Naomie Aldort, Eduquer ses enfants, s’éduquer soi-même (je le mets, mais je ne l’ai pas encore lu)
Léandre Bergeron, Comme des invités de marque
André Stern, …Et je ne suis jamais allé à l’école
Thierry Pardo, Une éducation sans école

Documentaires :
Clara Bellar, Etre et devenir
Léandre Bergeron, Sans espoir avec conviction
Déirdre Bergeron, Grandir sans éducation
Erwin Wagenhofer, Alphabet

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Apprendre avec enthousiasme !

Les débuts en rollers, le 12 septembre dernier, avaient été initiés par la motivation et le fait que Girl4 se sentait prête pour cet apprentissage. Depuis, l’envie de patiner n’a cessé de s’amplifier ; et l’automne doux et ensoleillé que nous avons a permis de nombreuses heures d’entraînement…

Et voilà 2 mois après : pas de cours, pas d’apprentissages dirigés, juste le plaisir de découvrir de nouvelles sensations, de glisser et de s’amuser !

L’enthousiasme est bien là. Voilà ce qu’on appelle les apprentissages autonomes, mais j’en reparlerai…

 

Quand l’enfant est prêt, il se lance !

Il y a des apprentissages qui nécessitent certains acquis. Cependant, si c’est le bon moment pour l’enfant, les acquisitions se feront de manière beaucoup plus naturelle et simple.  Mais parfois, la motivation pousse l’enfant à aller plus loin et se donner un peu plus de mal pour y arriver…

Les trois ainés sont maintenant à l’aise sur des rollers ; et lors des sorties sur la piste cyclable, ma dernière est la seule avec son vélo. Mais je sens qu’il germe en elle le désir de chausser les rollers…

Et quelques jours plus tard, elle nous demande d’essayer. Elle est grande maintenant. Elle veut faire du roller… Les protections enfilées, le casque vissé sur la tête et les rollers aux pieds, elle se lance encore avec le soutien de la main de papa…

Et puis, le lendemain, c’est la petite voisine, du même âge qu’elle, qui passe devant la maison sur ses rollers…

Et là, d’un coup, la motivation est là ! « Si elle peut le faire, alors moi aussi ! » Plus besoin de conseils, plus besoin de soutien, une fois les protections enfilées, elle s’élance toute seule…

Un autre chemin pour la rentrée…

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Aujourd’hui, chez nous, personne n’a pris le chemin de l’école.

Pas de stress… Pas de réveil ce matin… Pas de petit déjeuner avec des yeux gonflés de sommeil…

Il est 8h30, et nous sommes à la maison ; chacun à ces occupations. Certains sont déjà au travail ; d’autres moins matinaux, en train d’avaler leur petit déjeuner.

Notre journée commence, comme les autres, avec cette joie constante d’avoir à la créer. Aucune routine imposée ; même si au quotidien, les apprentissages formels sont souvent effectuées le matin. Ensuite, chacun est libre de s’occuper comme il l’entend : lecture, bricolage, jeux libres, jeux de société, jeux de plein air, exploration, construction, couture, peinture, poterie, expérimentation, rêverie et même… ennui !

Qu’il est bon d’avoir le temps de s’ennuyer ! Quel délice de ne pas être submergé de consignes, d’obligations en tout genre, de pressions, du rythme infernal de la vie que l’on subit. Non, ici, on prend le temps. On a le droit de s’ennuyer et de n’avoir rien envie de faire. Mais ça ne dure jamais très longtemps… Le temps de renforcer un apprentissage, d’imaginer ou de créer une nouvelle occupation, de faire un point sur ses envies, de savourer la vie tout entière !

Voilà, c’est notre rentrée à nous…